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jeudi 20 décembre 2018

20-12-18

Déjà ? C’est étonnant. Ils sont jaunes, les uns de dos, les autres d’effroi.

Les passagers du Titanic avaient pour eux leur ignorance de la catastrophe et de sa proximité dans leur candeur à dîner et à valser sous des lustres magnifiques. Bien sûr, pour ceux et celles qui dînaient et dansaient sous des lustres magnifiques… Quand bien même, pour les autres, au service de tables, en salle des machines ou en troisième classe, l’ignorance était la même, délicieusement emmitouflée dans l’acier, le compas, l’uniforme et l’argent. Une ignorance puissamment inscrite dans la délégation. Offerte en prime, presque en sacrifice.

Et vogue, vogue, vogue pendant qu’ils dînent, pendant qu’ils dansent ou cependant qu’ils se remplissent la panse en se dandinant.

Mais par un injuste retour des choses, reviendrait-il ainsi à la confiance de bercer l’ingénuité et de nourrir la légèreté ? A la confiance dans l’acier, dans le compas, dans l’uniforme et dans l’argent, reviendraient la primauté de la loi et du cap, la supériorité du savoir et de l’explicatif, la planification des actions et l'écriture du calendrier quand finalement elle ne propose que la richesse des images dans la vacuité des actes ?

« Nous recherchons des solutions équilibrées », un président...

« Il est inutile de céder à une inquiétude excessive », une ministre...

« Quoi ? N’aurions-nous donc pas le devoir de s’amuser et de dîner et de danser ? Tournons-en rond, tournons-en rond ! »...

Et vogue, vogue, vogue...

L’ignorance s’inscrit profondément dans la confiance. L’ignorance devient la fleur dont se pare la délégation, elle qui s’enquit sans cesse du prestige de l’élégance. De beaux costumes, de belles manières, de jolis pas. Un bal moqueur en vérité, sous des platanes malades au son d’un accordéon rance. Le bal des morts-vivants.

Seuls quelques uns rient jaunes, seules quelques unes rient jaunes. Eux qui savent.

jeudi 6 décembre 2018

06-12-18

En deux ans, j’ai changé.

Cela fait maintenant de longs mois que je ne valide plus un changement en termes de progression ni même de progrès. Les formules hiérarchiques, les échelles normatives, les identités administratives se sont dissoutes d’elles-mêmes, dissipant dès lors les conflits existentiels, l’étalonnage des parcours, la morale extérieure. Il s’agit d’une véritable liberté.

En deux ans, j’ai changé.

A la vue de mes découvertes, je me dis que j’ai mis deux ans à changer. Et qu’ainsi il m’a fallu tout ce temps pour arriver enfin au dernier tiers de ma vie et pour comprendre réellement ce que ce tiers représente : autant l’aboutissement de choix enfin éclairés que le temps qui va me manquer. Car peut-on vraiment arriver en retard à son propre enterrement ?

En deux ans, j’ai changé.

C’est dommage d’avoir consommé tout ce temps pour si peu de résultats. Mais tourner en rond toutes ces années a fait parti de l’itinéraire, donc pas de regrets. Qui serai-je aujourd’hui pour prétendre faire mieux ? A croire que seul un pied de mur fait office d’escalier efficace : pour voir au-delà du mur, un pied en forme de coup. Capable, sans grandir soi-même, d’agrandir son champs de vision.

Voir le large. Voir soi-même.

mercredi 5 décembre 2018

05-12-18

Enfants, à la rivière, nous pêchions à la ligne. Sous les reflets des nuages, les poissons étaient là. Au point de jouer parfois de nos regards d’espoir quand les poissons passaient tout près de nos appâts.

Enfants, à la rivière ; adultes, à la corvée. Recreuser le lit de ses dépôts de temps, évacuer à la pelle ses boues si sordides, passer le fil des heures à obtenir des darnes.

Oubliée, la rivière, oubliés, les poissons, et les reflets de lune, et le ciel aux étoiles, de ceux qui sont venus : caresser le souvenir. Car l’on attend encore, assis au bord d’un trou, l’on attend toujours sans trop savoir pourquoi. Assis au bord d’un trou où l’eau ne passe plus, où les poissons sont morts, où même la terre pue.

Des herbes folles enivrent pour nous l’attente : des places de parking pour meubler le temps, un mur d’images qui brillent accroché aux murs sales, des mots à l’encre d’or plantés dans de l’albâtre.

Ah, finir dans un trou !

vendredi 30 novembre 2018

30-11-18

Je suis un bonhomme de fil de fer ; le vent passe à travers moi, comme les pierres. Je n’ai pas d’écharpe, je ne gène personne. Je suis planté en plein milieu d’un champs, une prairie blanche où le temps ne passe pas. Un épouvantail qui n’effraie rien ni quiconque. Planté là sans rien à faire, planté là sans affaire.

Je sens le vent passer à travers mes fils et mes fils ne bougent pas. Je sens parfois une pierre frapper un fil et mon fil plie, se tord et se dénoue.
Au fil du vent, rien ne bouge, au fil des pierres, mon corps se dénoue. Le temps ne passe pas.

Je me souviens des fils accrochés à mon torse puisant dans des écrans verts des sonorités aiguës. Je me souviens des câbles filant de mes poignets jusqu’à des vasques molles remplies de fluides translucides. Je me souviens des voix parlants des mots sans sens changeant régulièrement des câbles et des fils.

Et la nuit tombe sans que le temps n’intervienne.

D’aujourd’hui, je m’évade, d’aujourd’hui, je m’enfuie : de musiques, d’alcool et d'écrits.

mardi 27 novembre 2018

27-11-18

La première fois que j'ai écris, j'avais 7 ans. Mes référents n'ont pas répondu favorablement à mes attentes lorsque je leur ai présenté ma création. Je n'ai dès lors plus écrit. J'aurai bien aimé décrire une attitude bravache ou coléreuse. Je me suis juste enfoui sous la résignation.

J'ai repris à 15 ans. Les hormones peut être.

Qu'il est difficile d'obtenir un avis sur un poème, sur une fable, sur un récit dès lors qu'ils ne sont pas considérés comme un travail. Bien sûr, ils restent l'expression et le produit d'un travail. Mais dès lors qu'ils ne sont pas inscrits dans l'agenda d'un autre, un poème, une fable, un récit ne peuvent pas être reçus objectivement par un lecteur ni être lus du point de vue de l'auteur par un tiers.

Car chacun-chacune vit devant un miroir, dans son palais des glaces, à l’ombre de sa psyché. Chaque acte tendu vers l’un, vers l’une, devient l’image de l’un, de l’une.

L’acte de création est un acte solitaire. Par définition. Par essence. Par nature. Autant immanent que transcendant. L’acte de création est sa propre croix. Solitairement.

lundi 26 novembre 2018

26-11-18


L’érudition, la connaissance, les connaissances sont un stock, une mémoire, le résultat d’un ravitaillement. Souvent ponctuel, parfois permanent.

Lorsque ce n’est pas géré par une pensée ou une réflexion, cela reste un stock, un entrepôt, parfois même un dépotoir. Des chiffres, des éléments de langages, des phrases aux kilomètres, qu’importe la langue.

S’il s’agit enfin d’une matière première pour une réflexion, une intelligence des choses, une tentative d’appréhender le monde, alors cela devient un flux. Un flux qui peut s’exprimer. Surtout un flux vivant qui laisse les autres s’exprimer : sans jamais se sentir attaqué par l’opinion différente, opposée, sans jamais se sentir trahi par l’idée mal argumentée ou pas argumentée, sans se sentir affligé de l’incompréhension d’autrui.

A ce jeu, si l’on peut 100, j’en suis à 10. Car c’est bien sûr un concours. Cela doit être un concours. Mais un concours contre soi-même. Un combat. Un face-à-face.

Vu mon âge et vu mon état général, je sais que j’ai perdu ce concours. Je n’atteindrais pas mes objectifs, c’est évident. J’en prends acte.

Je continue quand même.